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Le Lab‑Delta déplore l’annulation soudaine du RightsCon

Par ce billet, le Lab‑Delta souhaite à la fois informer et prendre position publiquement à la suite de l’annulation du RightsCon, une conférence internationale majeure sur les droits humains à l’ère numérique.

Mercredi après‑midi (heure de Montréal), les organisateurs du RightsCon ont annoncé, dans un message cryptique — à quelques heures du début de l’événement — que la conférence n’allait finalement pas se tenir en Zambie, où elle devait débuter quelques jours plus tard (le 5 mai). Cette nouvelle a été reçue comme un choc pour plusieurs, dont Stéphane Couture, co‑directeur du Lab‑Delta, qui devait y tenir une présentation virtuelle la semaine suivante.

Cette nouvelle a été reçue comme un choc pour plusieurs, dont Stéphane Couture, co‑directeur du Lab‑Delta, qui devait y tenir une présentation virtuelle la semaine suivante.

Quelques recherches sur Internet montrent qu’il s’agirait en fait d’une décision du gouvernement zambien, qui aurait unilatéralement — et sans même en informer l’organisation — décidé de « reporter » l’événement afin, dans un jargon qui pourrait faire école, de s’assurer que la conférence était « pleinement alignée » avec les valeurs et les politiques du gouvernement. Certaines sources évoquent notamment des pressions diplomatiques extérieures sur le gouvernement de Zambie, mais aucune raison précise n’a été confirmée ce stade.

Évidemment, on ne peut pas « reporter », à quelques jours de préavis, une conférence internationale réunissant des milliers de personnes. L’organisation a donc pris la décision difficile d’annuler l’événement.

Qu’est‑ce que le RightsCon ?

Le RightsCon est une conférence annuelle sur les droits humains à l’ère numérique. Elle réunit chaque année des milliers de personnes œuvrant dans des organisations de la société civile, du milieu universitaire, des gouvernements ou encore de certaines entreprises. On y discute de thèmes tels que la violence en ligne, les biais algorithmiques, la connectivité en milieu rural ou la protection de la vie privée. Il ne s’agit pas d’une conférence académique, mais plutôt d’une rencontre où l’on discute concrètement de solutions. Le RightsCon est organisé par l’organisation Access Now, également connue pour sa ligne d’assistance destinée aux personnes militantes.

Le RightsCon est organisé par l’organisation Access Now, également connue pour sa ligne d’assistance destinée aux personnes militantes.

Le Lab‑Delta entretient une relation particulière avec le RightsCon. D’abord, le terme même de « droits en ligne » dans le nom de notre laboratoire est directement inspiré de l’expression anglaise digital rights. En 2024, nous avons d’ailleurs organisé une rencontre intitulée « Droits en ligne et résistances numériques », qui se voulait en quelque sorte un mini‑RightsCon. Nous avons toujours perçu ce type d’espace comme essentiel à la circulation transnationale des savoirs critiques et des pratiques de résistance numérique. Le co‑directeur du Lab‑Delta, Stéphane Couture, a participé à plusieurs éditions du RightsCon, notamment dans son volet virtuel. Cette année, il devait animer un atelier avec un collectif sur les technologies non alignées, portant sur la souveraineté numérique.

À un niveau plus personnel, le directeur d’Access Now — l’organisation qui chapeaute l’événement — est Alejandro Mayoral Baños, le premier doctorant de notre co‑directeur, Stéphane Couture. Ils se sont rencontrés au RightsCon de Toronto en 2016 et continuent, depuis, à maintenir des liens amicaux. Peu après l’annonce, Stéphane a envoyé un message à Alejandro pour lui exprimer son affection et sa solidarité dans cette situation difficile.

C’est donc avec tristesse et désolation que nous déplorons non seulement le « report », puis l’annulation de cette conférence unique, mais aussi ce qu’elle révèle des menaces croissantes qui pèsent sur les espaces de rencontre de la société civile mondiale. À l’heure où les droits numériques, la liberté de réunion et la circulation des idées critiques sont de plus en plus fragilisés, l’annulation du RightsCon constitue un signal inquiétant que nous ne pouvons ignorer.